((Article de Prof. Dr. Mohammad Dawood Mousa, Centre d'études stratégiques / Département des études sur l'avenir et de la gestion des crises))...
((Article de Prof. Dr. Mohammad Dawood Mousa, Centre d'études stratégiques / Département des études sur l'avenir et de la gestion des crises))...
2026-01-11
((Article de Prof. Dr. Mohammad Dawood Mousa, Centre d'études stratégiques / Département des études sur l'avenir et de la gestion des crises))...


((Article de Prof. Dr.Mohammad Dawood Mousa, Centre d'études stratégiques / Département des études futures et de la gestion des crises))...
Venezuela après Maduro : Une étude sur la transformation et la fragmentation

Le Venezuela est entré dans une phase critique de l'histoire contemporaine de l'Amérique latine, marquée par l'arrestation de Nicolás Maduro par des forces d'élite américaines et sa transition subséquente de chef d'État à accusé devant la justice américaine. Cet événement dépasse une simple opération militaire ou de sécurité ; il signale un changement profond dans les concepts de souveraineté, d'État et de légitimité, à un moment où les régimes modernes ont cherché à se présenter comme stables et inattaquables.

Les événements à Caracas illustrent l'intersection des dynamiques historiques et des pressions hégémoniques, mettant en lumière les tensions entre une structure étatique fragmentée et des acteurs internationaux façonnant les conditions de survie. Cette situation reflète non seulement la chute d'un leader individuel mais l'effondrement d'un système politique construit sur une dépendance économique centralisée et une personnalisation extrême de l'autorité, où la façade de l'État s'est désintégrée même avant que le leader lui-même ne soit évincé.

Le réalisme politique comme cadre analytique
Comprendre cette transformation nécessite une approche réaliste politique, qui met l'accent sur le pouvoir tel qu'il existe plutôt que tel qu'il devrait idéalement être. Le déclin du régime vénézuélien a été graduel, résultant de faiblesses structurelles accumulées : l'érosion des institutions étatiques, leur capture par des élites locales, et le démantèlement de la gouvernance économique formelle au profit de logiques partisanes ou tribales. Par conséquent, l'État a fonctionné principalement comme un mécanisme de préservation des élites plutôt que comme une institution au service de la population.

Le réalisme politique transcende l'évaluation normative et se concentre sur les intérêts des acteurs, les mécanismes de conflit et les véritables contraintes de l'action politique, ancrant l'analyse dans des dynamiques observables de pouvoir et d'influence plutôt que dans des notions idéalisées de gouvernance.

L'hégémonie américaine et l'État post-Maduro du Venezuela
Les États-Unis ont cherché à gérer la crise en la cadrant dans leurs intérêts stratégiques, notamment en ce qui concerne la sécurité énergétique et la stabilité régionale. Cependant, les implications vont au-delà des préoccupations immédiates : l'intervention représente une redéfinition de la souveraineté vénézuélienne par le biais d'un contrôle stratégique sur sa ressource principale — le pétrole.

L'annonce que le Venezuela continuerait à fournir du pétrole aux États-Unis indéfiniment indique que le contrôle a évolué d'une domination purement militaire à une influence économique et stratégique. Dans cet ordre énergétique mondial émergent, les ressources fonctionnent comme des instruments de levier géopolitique, alors que les grandes puissances rivalisent pour accéder à des actifs critiques.

Simultanément, l'opération a révélé de profondes divisions internes entre ceux qui perçoivent l'intervention américaine comme une libération de l'autoritarisme et ceux qui la considèrent comme une imposition à la souveraineté nationale.

Légitimité, vide politique et perspectives de transition
Une question centrale se pose : qu'est-ce qui constitue la légitimité au Venezuela aujourd'hui ? Elle ne découle pas uniquement d'une autorité coercitive mais émerge plutôt d'une combinaison de :
    •    Soutien populaire, longtemps marginalisé sous le régime précédent ;
    •    Institutions étatiques fonctionnelles, qui, malgré la dégradation systémique, ne se sont pas complètement effondrées ;
    •    Le bien-être social et économique des citoyens ordinaires, reflétant la capacité de l'État à répondre aux besoins fondamentaux.

L'incapacité à intégrer ces éléments risque de remplacer simplement une structure de pouvoir par une autre, plutôt que d'établir un État fonctionnel capable d'opérer de manière significative dans le système mondial en évolution.

Scénarios potentiels à court terme
    1.    Transition progressive vers une gouvernance civile-démocratique :
Une coalition interne pourrait former un gouvernement de transition légitime, menant potentiellement à une réforme constitutionnelle, des élections libres et la reconstruction des institutions étatiques. Le succès nécessiterait de s'attaquer à l'activité des milices, aux défis de sécurité interne et de redéfinir les relations de pouvoir sous une autorité légitime unifiée.
    2.    Conflit armé et fragmentation structurelle :
Si les acteurs internes échouent à atteindre un consensus et que des groupes armés affirment leur influence, le Venezuela pourrait faire face à un cycle de violence soutenue et d'instabilité prolongée, faisant écho à des précédents historiques où à la fois le régime et l'appareil d'État se sont effondrés simultanément.

Souveraineté et État dans un contexte internationalisé
Le cas du Venezuela se distingue par l'interaction des dynamiques internes avec les transformations du système mondial. La politique internationale contemporaine n'est plus simplement une négociation entre des dirigeants exerçant la force ; c'est un réseau complexe reliant les institutions étatiques, les économies, la société civile et les structures mondiales.

D'un point de vue réaliste politique, la chute de Maduro représente non seulement le retrait d'un leader mais une redéfinition de l'État lui-même, pris entre le modèle d'une entité souveraine indépendante et celui d'un État remodelé par l'influence externe.

Conclusion : De la désintégration aux carrefours de la reconstruction
Le paradoxe actuel du Venezuela ne réside pas dans le retrait d'un individu mais dans la transformation de l'État lui-même : l'effondrement d'un système centralisé et défaillant contre l'établissement potentiel d'un nouvel ordre politique transcendant l'autoritarisme interne et redéfinissant la véritable souveraineté populaire.

Si la légitimité découle des expériences vécues des citoyens, le défi du Venezuela n'est pas simplement le transfert de pouvoir mais la reconstruction des structures de gouvernance qui intègrent les ambitions individuelles et les institutions politiques dans un cadre national cohérent, plutôt que dans un cadre dominé par l'influence étrangère ou les factions armées.

 
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